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Haïti en crise : entre violences et universités paralysées, la jeunesse estudiantine au bord du gouffre

April 19, 2025, 9:01 a.m.

Port-au-prince,le 18 avril 2025.Une université en sursis.Depuis plusieurs mois, les principales universités du pays, tant publiques que privées, majoritairement situées au cœur de Port-au-Prince, sont à l’arrêt. À l’Université d’État d’Haïti (UEH), bastion historique de la pensée critique et du militantisme étudiant, certaines entités restent closes, cadenassées par une insécurité grandissante. Le silence qui y règne aujourd’hui tranche avec l’effervescence d’antan.« Nous sommes dans un vide total. Les cours sont suspendus, et il n’y a aucun espoir de reprise au vu de la situation sécuritaire alarmante autour des facultés de l’UEH et des universités privées », déplore Christ Marly, étudiante à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).Un quotidien rythmé par la peur.Dans la capitale, les gangs armés imposent leur loi. L’État, impuissant, semble avoir déserté, laissant des quartiers entiers sous le joug de groupes criminels. Se rendre à l’université devient une mission périlleuse, contraignant les autorités académiques à interrompre toutes les activités.« Je ne peux pas risquer ma vie pour aller étudier », confie Kevin, étudiant en administration à l’INAGHEI, tout en affirmant qu’on vit dans une prison à ciel ouvert.Une jeunesse tentée par l’exil.Face à cette impasse, nombreux sont les jeunes qui rêvent de partir. Les demandes de visas explosent, les bourses d’études à l’étranger deviennent des obsessions. Mais pour la majorité, ces espoirs restent hors de portée.« Comment reconstruire un pays sans élite formée ? », s’interroge un professeur de l’UEH, préférant garder l’anonymat. Il observe, impuissante, une jeunesse, autrefois, engagée, sombrée peu à peu dans la résignation.Résister malgré tout. Pourtant, quelques lueurs percent l’obscurité. Des étudiants organisent des débats virtuels, des conférences et des groupes de soutien psychologique. Certains enseignants, déterminés, continuent de dispenser leurs cours via des plateformes numériques.« Malgré l’instabilité du réseau, on résiste à notre manière », affirme Cherlie, une étudiante de la Faculté de Droit de Port-au-prince, tout en faisant croire qu’on ne peut pas tout laisser s’effondrer.La crise haïtienne dépasse les sphères politique et économique. Elle est désormais existentielle. Et c’est la jeunesse qui en paie le prix le plus lourd. Si des réformes profondes ne sont pas engagées rapidement, Haïti risque de perdre plus qu’une génération : c’est tout son avenir qui s’effondre.Jean Gilles DésinordVant Bèf Info (VBI)