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Le Nouvelliste

La musique et la danse compas, partenaires pour la scène nationale et internationale

July 27, 2020, midnight

La musique et la danse compas sont des « trésors qui devraient être l’objet d’études sérieuses et approfondies et qui méritent leur place, sur la liste de patrimoines de l’humanité », lance Judite Blanc à l’ouverture du quatrième débat organisé par le ministère de la Culture, sous la férule du ministre Henriquez, dans le cadre du Mois de célébration du compas.   Cliford Jasmin renchérit, vantant la triple qualité de la danse : socialisation, séduction et cérémoniel… Mais le manque d’infrastructures, l’absence d’une offre culturelle structurée et un plan marketing, nuisent à l’émancipation des talents, et freine la production de projets artistiques d’envergure, selon Gaëlle de l’association Ayitidans, organisatrice du concours national (Konpa Danse Challenge).  Dady Thomas, de la compagnie de danse « Art is live », à Paris, croit néanmoins qu’une porte s’ouvre pour le compas, via la danse. « La salsa est à une phase descendante, la bachata décline, la kizomba après avoir atteint un pic est clairement en phase décroissante. C’est une opportunité pour le compas de se positionner en tant que danse de couple, à travers le monde».  On se souvient encore de l’enthousiasme de cette animatrice de France 2, emballée par la scène de danse compas du film de Cedric Klapisch, « L’accord des corps ». Deux ans auparavant, c’était la sortie de l’extraordinaire documentaire de Miguel Octave ; « La Martinique, seconde patrie du konpa ? » relatant l’histoire d’amour des Martiniquais avec le Compas.   Ensuite, « Vive Compas », un documentaire de Philippe St-Louis qui rend hommage à l’œuvre de Nemours Jn- Baptiste. Le compas crève l’écran.  Une nouvelle alliance s’impose, « un mariage entre la danse et la musique compas », clame Érol Josué. Ces deux pratiques culturelles élèvent l’âme haïtienne, car pétries de la racine vaudou. Le compas, nous dit le scénologue, porte en son sein les rythmes principaux du vodou, ces croisements réussissent à lui apporter sa dimension émotionnelle et identitaire d’où il puise sa sensibilité. Mais il faut un patron rythmique, afin de présenter la danse compas au monde, une codification, confie Cliford Jasmin. Rockefeller Pierre de Tempo Plus croit que l’ENARTS a, sans doute, le syllabus le mieux préparé pour enseigner la danse, rejetant l’idée d’une codification. Cliford et Dady insistent sur l’option d’enrichissement de la danse au même titre que cela s’est opérationnalisé avec la Salsa.   En effet, le Congrès mondial de la Salsa, en 1996, à Porto Rico fut un tournant, dans l’expansion de cette danse. Ceci inaugure le début de la période d’académisation, qui sortira la salsa de la rue, pour la placer à un niveau esthétique inégalé ; séparant l’amateurisme du professionnalisme. Ceci traduit le résultat d’un travail d’équipe de longue haleine.   Il ne fait pas de doute, pour Dady St-Thomas, que c’est une exigence d’établir « un langage commun et simple, la base de la Danse Compas » ! Le démarrage de base, les pas de base, les mouvements de base, les déplacements, les tracées de base en accord avec la logique du compas. Bien entendu, chaque professeur, à partir de ce canevas de base consensuel, peut faire valoir sa créativité et sa sensibilité.  Le compas, danse et musique, fait partie de notre héritage. Il est un des éléments constitutifs du « package marketing » de l’offre culturelle globale d’Haïti. Autant que la musique, la danse peut être un vecteur de revenus pour le pays, pour les danseurs en particulier, et tous ceux et celles qui s’articulent autour du monde de la culture et de la production de spectacle, et le secteur touristique. La danse est une valeur ajoutée de la musique.  Cet élément du patrimoine immatériel que nous comptons présenter prochainement à l’UNESCO est essentiellement transmis oralement ou par imitation. Son existence  se renouvelle de manière permanente par la pratique des principaux acteurs, sa codification se révèle plus qu’importante pour assurer sa pérennité. Une définition basique et consensuelle de la danse compas !  Sa construction est tributaire de l’accommodement d’une part, entre les danseurs et chorégraphes et une cohésion entre danseurs et musiciens compas…   De la fécondité de l’interaction des deux groupes émergeront une homogénéisation et un enrichissement du compas danse et musique. Une définition consensuelle et basique de la danse compas est essentielle pour assurer le succès international.  L’engagement  étatique doit continuer à prendre forme... Le ministère de la Culture doit continuer à nouer des liens fructueux avec les acteurs dynamiques et compétents du milieu culturel. La culture est le dernier souffle d’Haïti, ne pas la préserver équivaudrait à une euthanasie.