Le Nouvelliste
Plus de 100 000 Haïtiens rapatriés de la République dominicaine d’ici la fin 2019
Nov. 19, 2019, midnight
Les rapatriements des migrants haïtiens n’ont jamais cessé à la frontière haïtiano-dominicaine, souligne le GARR qui dit observer de manière cyclique des pics importants de vagues de rapatriements massifs de la République dominicaine. C’est le cas d’ailleurs depuis le début de l’année 2019 où l’institution fondée en 1991 en raison justement d’un de ces pics de rapatriement forcé, un total de 88046 Haïtiens rapatriés à la frontière dominicaine a été recensé. Si l'on y ajoute les 1261 retours spontanés, ce total grimpe à 89307 compatriotes ayant franchi en sens inverse la frontière.En cette période pré-électorale en République dominicaine, il ne fait pas bon pour un Haïtien d’être sans papier de l’autre côté de l’île où les autorités migratoires dominicaines, au cours des six premiers mois de l’année, soit de janvier à juin 2019, ont déjà rapatrié 52 510 personnes, dont 109 mineurs non accompagnés de leurs parents ou d’une personne responsable. À ce rythme, le nombre de rapatriés haïtiens aura dépassé les 100 000 d’ici la fin de l’année.Mais il n’y a pas que ces chiffres exponentiels qui font tiquer le GARR. En effet, Géralda Saint Ville, responsable de communication et de plaidoyer de l’organisation, pointe du doigt les méthodes controversées, à la limite de la régulière, utilisées dans les opérations de rapatriement par les autorités dominicaines qui varient entre bastonnades, violences, mauvaises conditions de détention, et dépossessions. Les traitements réservés aux enfants ne diffèrent aucunement de ceux dont sont victimes les adultes alors que les femmes, quoiqu’en quantité réduite par rapport aux hommes, se font harceler ou violer la plupart du temps. Pour ce mois d’octobre 2019, la commune de Ferrier (Nord-Est), qui n’a que des points de passage non officiels à la frontière haïtiano-dominicaine, occupe la première place avec un total de 2934 rapatriés, dont 2239 hommes, 531 femmes, 139 garçonnets et 25 fillettes. Au rang des communes disposant de points de passage officiels, Ouanaminthe et Belladère arrivent à la 2e et 3e place avec un total de 2564 et 2337 rapatriés respectivement.En ce qui concerne la commune de Belladère, il s’agit clairement d’une explosion car, à titre de comparaison, sur toute l’année de 2018, de janvier à décembre, le GARR n’a accueilli et n’assisté que 2465 personnes rapatriées, expulsées ou des personnes qui retournent spontanément, suite aux menaces rencontrées en République dominicaine.Le déferlement des migrants haïtiens sur le territoire dominicain peut se traduire par le seul espoir de ces hères voulant à tout prix échapper à leurs conditions d’existence peintes en noir et blanc par la gouvernance chaotique de l’équipe au pouvoir qui tarde à apporter une solution pérenne et définitive à la crise politique minant l’économie et le tissu du pays.À en croire les fiches de recensement du GARR, les migrants haïtiens, avant leur rapatriement ou retour spontané, s’adonnent à diverses activités. Toutefois, l’agriculture reste l’activité dominante avec 50.70%, secondée par les travaux de construction avec plus de 22.80%.En plus de deux décennies de surveillance et de monitoring des activités de rapatriements et de retours spontanés à la frontière haïtiano-dominicaine, le GARR a noté que les plus grandes vagues de rapatriements massifs des migrants haïtiens sont enregistrées à partir du mois d’août 2015 à aujourd’hui. « En effet, entre les mois de juillet 2015 et décembre 2018, plus 295,946 personnes ont été enregistrées : 155 201 rapatriées et 140 745 retours spontanés. Ce nombre inclut aussi plus de 4,746 mineurs non accompagnés. À noter que ce chiffre ne donne qu’une idée de l’ampleur du phénomène, mais il n’est pas exhaustif car, au cours de cette même période, il existe de milliers autres personnes qui n’ont pas été enregistrées pour diverses raisons. Malheureusement, les opérations de rapatriement massif continuent en 2019 avec en moyenne plus de 6 000 personnes par mois », écrit le GARR dans son rapport sur les opérations de rapatriement des migrants haïtiens à la frontière de Belladère en 2018.