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Affaire BNC et pressions internationales : Smith Augustin face à un risque judiciaire accru

Jan. 28, 2026, midnight

À l’approche du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le climat politique et institutionnel haïtien se durcit. Pour certains membres de l’organe de transition, cette échéance coïncide avec une exposition accrue à des risques judiciaires et diplomatiques. C’est notamment le cas de Smith Augustin, conseiller-président déjà cité dans un dossier de corruption impliquant la Banque nationale de crédit (BNC), dans un contexte où les États-Unis renforcent leurs mesures ciblées contre des responsables haïtiens. En octobre 2024, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a transmis à la justice haïtienne un rapport mettant en cause plusieurs hauts responsables, dont des membres du CPT, dans une affaire de sollicitation de pots-de-vin liée à la gouvernance de la Banque nationale de crédit. Selon des informations rapportées par des médias internationaux, notamment l’Associated Press et Reuters, Smith Augustin figure parmi les personnalités citées dans ce dossier. Les personnes concernées ont, à l’époque, rejeté ces accusations, dénonçant des allégations infondées. À ce stade, aucune condamnation judiciaire n’a été prononcée. Le dossier demeure cependant ouvert, et sa seule existence place les responsables mis en cause dans une situation de vulnérabilité institutionnelle, particulièrement à l’approche de la fin de leur mandat.Le 7 février 2026 marque la fin officielle du mandat non renouvelable du CPT. Pour ses membres, cette échéance signifie également la perte de la protection politique liée à l’exercice du pouvoir. Dans un système judiciaire longtemps critiqué pour sa lenteur et ses interférences politiques, la sortie de fonction constitue souvent un moment charnière, où certains dossiers jusque-là gelés peuvent connaître de nouvelles évolutions. Dans ce contexte, les observateurs notent que la perspective d’un départ à l’étranger ne constitue pas nécessairement une issue protectrice. Une telle option pourrait, au contraire, exposer les intéressés à des restrictions diplomatiques et à une lecture défavorable de leurs intentions, notamment si des procédures judiciaires venaient à être relancées en Haïti. Le 28 janvier 2026, le Département d’État américain a annoncé une nouvelle série de restrictions de visas visant trois responsables haïtiens, dont deux membres du CPT et un ministre en fonction. Selon Washington, ces mesures ciblent des responsables dont les actions auraient contribué à la déstabilisation d’Haïti et facilité l’influence de groupes armés, certains qualifiés par les États-Unis d’organisations terroristes étrangères. Les autorités américaines n’ont pas rendu publics les noms des personnes visées. En l’absence de confirmation officielle, aucun lien nominatif ne peut être établi entre Smith Augustin et ces sanctions. Toutefois, cette décision s’inscrit dans une stratégie américaine de pression croissante sur l’ensemble de l’organe de transition, réduisant de facto les marges de manœuvre internationales de ses membres. Dans ce double contexte dossier de corruption non clos et pressions diplomatiques accrues plusieurs analystes estiment que l’hypothèse d’une fuite à l’étranger offre moins de garanties qu’auparavant. Les restrictions de visas, la coopération judiciaire internationale et la volonté affichée de Washington d’imposer un « coût élevé » aux responsables jugés déstabilisateurs compliquent toute perspective d’exil discret.À l’inverse, le maintien sur le territoire national, dans l’attente de l’évolution des dossiers judiciaires, apparaît comme un scénario plus probable, bien que juridiquement incertain. La suite dépendra largement de la capacité des institutions judiciaires haïtiennes à traiter ces dossiers de manière indépendante, ainsi que de l’attitude des partenaires internationaux après la transition. À ce jour, Smith Augustin n’a fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire. Les faits évoqués relèvent d’une mise en cause institutionnelle et d’un contexte politique défavorable, non d’un verdict. Toutefois, la convergence entre l’affaire BNC, la fin imminente du CPT et le durcissement de la position américaine place le conseiller-président dans une zone de risque élevée, où les options se rétrécissent. Plus qu’une certitude judiciaire, il s’agit désormais d’un rapport de forces institutionnel et diplomatique, dont l’issue dépendra des développements post-transition et de la capacité de l’État haïtien à faire prévaloir l’État de droit.